Journal à rebours d'un baby boomer. Un retour sur des moments d'enfance ou d'adolescence à partir des murmures du quotidien
9 Août 2025
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L’éclat du soleil dardant directement ses rayons sur nos visages, les caressant de sa chaleur bienfaisante, se chargea de nous réveiller. Il devait être tard sans doute. Nous avions dormi d’un seul trait, tellement épuisés par la fatigue et les émotions que nous n’avions ni senti les mauvais ressorts du sommier pourtant bien mal en point, ni entendu le bruit incessant des oiseaux qui pénétraient effrontément dans notre chambre sans protection. Ce sommeil avait été des plus réparateurs. Un sentiment d’optimisme commençait à nous envahir malgré notre situation assez précaire ; J’avais une faim de loup, mes parents aussi sans doute, mais ils n’en parlaient pas. Il nous restait encore des provisions, du pain rassis, du beurre salé, du sucre, du café, du lard et du saindoux. Mais un breuvage bien chaud et reconstituant aurait été le bienvenu. Notre puits se trouvait dans la cave. Mon père me dit :
- Anna, mouds du café. Je vais quérir un peu d’eau et faire du feu dans la cour. Il descendit, un récipient à la main et remonta aussitôt, l’air navré et heureux en même temps.
- Le puits est rempli de détritus. Nous ne pouvons pa nous servir de son eau. Mais dans le sous-sol se trouve un véritable trésor. Venez voir plutôt !
Nous le suivîmes, très intéressés. Le sous-sol était divisé en plusieurs parties. Dans l’une était le puits, l’autre servait de cave à légumes avec un compartiment pour le charbon. Le reste avait été aménagé en buanderie. C’est là que, posés sur de la paille, se trouvaient nos matelas, nos édredons, des casseroles, de la vaisselle. Le tout avait dû servir à des soldats, tant français qu’allemands, nous le voyions aux paquets de cigarettes qui traînaient sur le sol. Le tout étant à l’abri de la pluie avait tout de même un peu souffert de l’humidité. Mais c’est avec joie que nous reprîmes possession de ces choses si précieuses, comptant les remettre en parfait état dès que nous en aurions le temps.
Notre grand chaudron muni d’un foyer à bois servant à la cuisson des conserves et de la nourriture pour les bêtes se trouvait à sa place habituelle. Et notre vieille cuisinière à charbon, placée dans un autre endroit de la buanderie avait dû aussi servir aux soldats et elle était intacte. Quel bonheur ! Nous n’aurions pas froid cet hiver. Ce n’était pas le bois qui manquait tout autour de nous et, même, un reste de charbon était entassé dans un coin de la cave. De plus nous étions assurés d’une nourriture chaude quotidienne, si nécessaire à notre santé. Aussi, sans perdre de temps, nous précipitant dans la cuisine, armés de balais faits de branchages, nous eûmes vite fait de nettoyer l’emplacement de notre cuisinière, ainsi qu’un passage nous permettant de la transporter sans trop de difficultés. Nos forces étaient décuplées par la joie de nos découvertes et, une heure plus tard, elle était montée et installée. Vite, le feu fut allumé. La cheminée n’avait pas souffert, heureusement, et tout fonctionnait à merveille.
La jeune femme qui nous avait accompagnés durant notre voyage demeurait à trois cents mètres de là. Son mari n’était pas allé bien loin durant l’exode et avait réussi à rentrer chez lui bien avant nous.
Leur minuscule maisonnette placée dans un endroit bien abrité n’avait presque pas souffert des ravages faits par la guerre et était déjà habitable. Dans leur puits intact l’eau était potable. Ils étaient d’ailleurs nos voisins les plus proches. Je courus chez eux. Ils me prêtèrent un seau, le remplissant presque jusqu’à ras bord. Fièrement je rapportai ce précieux liquide à la maison. Aussitôt ma mère nous fit un délicieux café. Au fur et à mesure que ce breuvage exquis descendait dans nos gosiers, l’espoir renaissait en nos cœurs. La situation nous paraissait de moins en moins désespérée et, si c’est avec lucidité que nous regardions le spectacle offert à nos yeux, c’est avec courage maintenant que nous l’affrontions. Nous étions sûrs de vaincre les difficultés qui nous attendaient.