Journal à rebours d'un baby boomer. Un retour sur des moments d'enfance ou d'adolescence à partir des murmures du quotidien
18 Août 2024
L’information a occupé toute la place dans les bulletins de France Infos. A partir de huit heures en tout cas, lorsque la dépêche est tombée dans les rédactions.
J’ai beaucoup aimé le Delon du Samourai, de Monsieur Klein, du Guépard que j’avais lu d’abord, ou plutôt dévoré avec passion.
Pour être honnête, j’avais regardé également, et sans déplaisir, quelques films où il joue les policiers ou les truands, hommes d’honneur ou de devoir, les « hommes » quoi ! Et puis il y avait eu son duo avec Belmondo dans Borsalino.
Pas très intellectuel tout cela. Mais c’est un trait bien contemporain que de vouloir tout intellectualiser et donner du sens à une œuvre. On en finirait par sans cesse bouder son plaisir. Pour ma part, même si je ne m’en suis pas toujours vanté, et sans délaisser les Godard les Rohmer et les Truffaut, j’ai pris beaucoup de plaisir à me laisser porter par des films sans message explicite et même des westerns de catégorie B.
Mon père disait souvent d’un film qu’il avait du sens ou qu’il n’en avait pas. Cela signifiait pour lui qu’il correspondait ou pas aux valeurs morales qui étaient les siennes. Il ne s’agissait pas de décrire quelque réalité du monde que ce soit, mais la réalité de ce qu’il devait être. Un monde où les méchants sont punis et les bons récompensés, même s’ils devaient pour ce faire sacrifier leur vie et trouver leur récompense dans un monde meilleur.
Je ne suis pas certain pourtant qu’il croyait vraiment en Dieu ni au paradis. Mais il avait, tapie tout au fond de lui, une sorte de superstition, héritage d’une culture millénaire. Papa n’aurait jamais entamé une miche de pain sans y tracer d’abord la croix de la pointe de son couteau.
Pour en revenir à Delon, j’avais fini par oublier la valeur de cet acteur qui savait jouer le silence, et je n’en avais gardé que le souvenir vague d’un personnage vieillissant, de moins en moins présent, et qui avait senti très fort le soufre, au moment de l’affaire Markovic. Je ne l’associais plus qu’aux pages de papier glacé de quelques revues trouvées dans les salles d’attente de mon dentiste ou de mon médecin et du magazine LUI.
Il était arrivé que je m’arrête devant un porte-revues dans le hall d’une gare pour regarder, l’air de rien, la couverture de LUI.
J’avais une douzaine d’années. Ce n’était pas tant la rubrique cinéma, que tenait François Truffaut qui m’intéressait d’abord, ni l’interview d’Alain Delon dont je ne suis pas certain de l’avoir lue. Je me souviens davantage du regard presque étonné de Mireille Darc en couverture d’un numéro de décembre 1968. Mais c’était bien plus tard. Pour être honnête, je savais qu’elle avait posé pour le magazine. Je me souvenais l’avoir aperçue en couverture, mais j’ai dû effectuer quelques recherches pour en retracer une image plus précise...
A suivre