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Au pied du crassier

Journal à rebours d'un baby boomer. Un retour sur des moments d'enfance ou d'adolescence à partir des murmures du quotidien

Douze ans, l'âge de la communion solennelle

Mémère, pépère, Léone, Louis, papa, Ida, Salvatore, maman

Douze ans, l'âge de la communion solennelle et la fin des culottes courtes.

La communion était publique. Elle réunissait, en de grandes tablées, les familles, ou plutôt tout le clan des grands-parents et des oncles et tantes.

Le nôtre était de belle taille. Lorsqu’on avait la chance en outre de vivre dans un village à taille humaine, c’est toute la paroisse qui se pressait à l’église. Certains que l’on disait mécréants, venaient pourtant assister au rituel qui nous faisait quitter l'enfance et entrer dans une sorte d'adolescence que le collège unique et le lycée pour tous n'avait pas encore normalisée.

On nous offrait des cadeaux de grands. C'est à ma communion que j’ai reçu ma première montre, ma première trousse de toilette qui organisait bains et premiers rasages, mon premier appareil photo, un petit kodak automatique que je possède toujours. Et puis, indispensable pour la cérémonie, mon premier vrai missel, avec, pour l’ordinaire de la messe, le rituel en latin sur les pages de gauche et sa traduction française sur celles de droite.

Ce missel, j’ai cru l’avoir perdu.

Et je l’ai retrouvé, un jour que je rendais visite à mes parents, dans une de leurs armoires. Ils l’avaient déménagé de Mexy à Miramont de Guyenne où ils vivaient alors. Je l’ai ouvert et feuilleté au hasard. J’avais douze ans de nouveau, et les souvenirs me sont venus, d’abord lentement, puis jusqu’à m’envelopper entièrement dans une délicieuse nostalgie.

Pour les repas de communion, la tante Ida venait préparer le repas la veille. Elle occupait la grande table pour farcir ses cappelletti, les chapeaux de curé comme les nommait mon père, que l’on mangerait pour le repas du soir, dans le bouillon d’une poule au pot et largement saupoudrés de parmesan. J’en étais tellement gourmand que je ne pouvais pas attendre qu'ils refroidissent. Je plongeais ma cuillère dans mon assiette, je soufflais sur les cappelleti fumants avant de les enfourner en me brûlant tout de même le palais 

Ida, mon père l’appelait La Tante. C’était l’épouse de l’oncle Salvatore, le frère de ma grand-mère paternelle. C’était aussi le seul lien que mon père avait gardé avec ses origines italiennes.

Il n’a jamais voulu aller en Italie. Il avait décidé d’être français une fois pour toutes.  C’est en France qu’il réussirait. Il rejetait tout ce qui pouvait rappeler ses racines, à commencer par son prénom, Primo. Durant tout un temps, il avait demandé qu’on l’appelle Pierre. C’est d’ailleurs ce prénom dont il use dans le faire-part de mon mariage.

Je ne sais pas au fond ce qu’il a détesté le plus dans son prénom, qu’il soit italien ou que ce soit aussi le prénom de son père mort dans un accident quelques semaines avant que lui ne naisse. Il m’a évoqué en de rares occasion le poids de cette naissance posthume et de ce prénom d’ainé dont il avait hérité, alors qu’il n’était que le cadet.

En tout cas, dans la réalité, personne dans la famille ne l’a jamais vraiment ou longtemps appelé Pierre. Et papa a fini par accepter ce Primo qui lui va comme un gant.

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